Cause I like cars more than telephones





Un paysage évidé, un ciel nuageux : un tableau trop parfait pour eux. Il y a le son d’un harmonica rouge qui étouffe l’air et il regarde passer les kilomètres. Droit devant lui, de petites routes montagneuses à perte de vue, avec, à droite, des arbres qui manquent de s’envoler, et, à gauche, une voie trop vide. Pas une voiture, pas un bruit, rien. Juste lui, sa voiture et elle, à côté. Peut-être que si, l’espace d’une seconde, il arrêtait de regarder la route pour laisser ses yeux se poser, délicatement, sur ses jambes, il ne se passerait rien, car elle dort, doucement, ou semble dormir ; c’est la même chose, se dit-il. Sa tête se repose contre la vitre et sa jupe rose, avec des fleurs grises imprimées un peu partout, est remontée à mi-cuisses. Il la regarde il l’observe il la dévore des yeux. Elle se réveille. Mais doucement. D’abord ses yeux sont fermés, puis ils s’ouvrent, et, à nouveau, se referment. Leurs regards se croisent en un instant, et, alors, elle lui dit :

__ Les gens ne changent jamais.

Elle parle si doucement que ses mots font comme une chanson, se calant parfaitement avec le son de l’harmonica couleur feu qui déchante sur l’autoradio. Elle pose ses mains sur ses hanches, et regarde devant elle ; une route grise, des arbres perturbant l’équilibre si fragile de l’horizon et quelques nuages qui se perdent dans un ciel bien trop bleu. Un sourire se dessinant lentement sur son visage, elle pense à ce que les gens ne sont pas capables de faire : empreindre la vie de poésie, et la saisir. Il y a une guitare qui grésille, mentionnant un accord qu’elle ne connaît pas, do majeur ou la mineur, qui s’en fout et qui s’enfuit. Elle laisse derrière elle une ville où règne la guerre de tous contre tous. Et, pourtant, il arrive encore, lui, à attraper le peu de vie qu’il leur reste, capter l’instant et le poser, là, sur ses toiles. Sa touche fait mouche et elle tremble elle frissonne elle palpite. Sans broncher, il répond :

__ C’est cette vérité qui finira par se heurter contre leur gueule.

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Bande son : Pablo de Sarasate – Habañera Op.21, No.2
Et puis aussi : pic’ de Sweater Woolf.

LE VENTRE DE LA MER





On ne savait pas réellement quand tout ça avait commencé. Sûrement le jour où il était arrivé ici pour ne plus jamais en repartir.

Silence.

Il avait voulu la mer, les vagues, l’écume et le vent du nord. Il avait voulu le bout du monde, la liberté, la démesure et le bleu roi. Il avait voulu la royauté des vagues, l’impérialité des remouds et l’impartialité du monstre marin. Tout pour elle, il avait tout quitté pour elle. C’était ça, l’amour, s’impatienter au moindre souffle, créer l’absence, crever le manque.

Silence.

Il l’avait imaginée grande, immense, colossale. Il l’avait imaginée brillante, exaltante et si tranchante. Crachant ses tripes, calmant les essors, empoisonnant le ciel de son soupçon de colère. Il avait voulu y baigner son corps, y étendre ses lubies.

Silence.

Puis le bouleversement, la chute, le déclenchement. De l’azur au bleu nuit, du soir au matin, du tout au rien et du simple au double, la mer lui tordait l’estomac à en crier de douleur. Il était parti à la recherche de l’endroit précis où le monde s’évaporait à l’horizon, laissant derrière lui de la lumière à en griller sa rétine.

Silence.

Il voyait, devant lui, la ligne qui se détachait du monde, indescriptiblement petite, séparant le ciel de la mer et la mer du ciel. Or voilà, on ne peut pas vivre impunément si près des nuages. On ne vit pas avec cette fièvre au corps impunément.
La mer claquait contre les rochers.
Aux bords-mêmes de l’infini, là où le monde n’a plus de limite, une tempête peut tout prendre avec elle. Tu ne t’en rends pas compte, quand elle est calme, la mer, que tu as devant toi la force de milliers d’hommes réunis. Mais tu ne l’arrêtes pas, la mer, quand elle gronde et résonne.

Silence.

Dix neuf huit sept six cinq quatre trois gouttes de sueur perlaient le long de son front.

Silence.

Puis c’est la volupté des vagues qui se fracassent contre les rochers. Un instant et des milliers de mouvements, des milliers de gestes qui s’encanaillent.
Et c’est la folie qui le prend. Il court dans les vagues, il crie. Il veut la voir, il veut la sentir sous son poids, mais c’est l’horreur dans sa tête, et dans ses mains, il y a le bruit de la mer qui ronge, la mer qui prend, la mer qui casse, la mer qui détruit et la mer qui tue.

Silence.

L’Océan l’avala

Silence.

Il avait juste voulu vivre pour ce bonheur imperceptible qu’était celui d’entrapercevoir un rayon de soleil, un grain de lumière sur les flots déchaînés.
Il disait souvent que tout était une question de proportion et d’équilibre, et que nos vies pourraient facilement se résumer à cette quête de l’impossible. Il avait voué sa vie entière à refaire chaque courbe de la moindre vague. Son souffle, sa vie, son sang, il avait tout donné pour devenir esclave de la Belle. Celle qu’on ne nomme plus, celle qu’on se doit de deviner en silence, celle qu’on peine à esquisser en hiver, tant les doigts tremblent, engourdis par cette lumière manquante et pourtant si présente.
Il savait pourtant ce que ces mois au bord de la mer signifiaient. Capter l’instant, le mouvement, le monde extérieur. Mais au fond de lui, toujours cette recherche de soi-même. Passer 48 heures à s’époumoner la tête en arrière. 178'200 secondes à crier la vie en fermant les yeux et ses souffles coupés qui s’échappaient silencieusement. Cette soif de couleurs n’avait jamais cessé de déambuler dans son esprit. Le long des rives, ce sont des couleurs qui s’attisent, qui saturent et qui meurent. Même le noir et le blanc n’existent plus. Il lui suffisait d’y croire pour que tout se réalise sous ses yeux éblouis.
Comment rêver quelque chose de plus beau ? Pourquoi aurait-il dû construire un présent qui n’aurait duré plus d’une seconde ?
C’étaient des moments en bataille qui faisaient vibrer son cœur, et chaque jour il s’extasait un peu plus devant l’immensité de l’Océan.
C’étaient cette continuelle inconscience, ce battement de cil, ce voyage incertain, ce rythme libre, qui faisaient vivre sa passion. La passion pour laquelle sa vie avait été sans raison, si ce n’était celle d’avoir été maladroitement passionné par la Belle.

Silence.

Je me souviens de cette odeur. Je me souviens de ces toiles entassées au bord de l’eau. Je me souviens de ces nuances. Et le vent qui balaie ; ce sont des instants qui s’évaporent.

Silence.

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bande son : boards of canada – music is math + beware of the friendly strangers
et puis aussi : du bordel.
et puis quoi d’autre : pic by correiae.

/ edit : allez tous ici.

Du sable dans les poumons



by Olinwena


ELLE : Et même Saint Petersbourg au petit matin n’a rien d’une jolie ville.

LUI : Alors c’est que tu ne te souviens plus de ce mois de décembre où nous avions de petits flocons qui brillaient au coin des yeux sous l’aurore. A la surface des désirs enneigés qui flottaient au creux de la Néva. Gelée. L’air froid qui fatiguait et qui tendait. Juste pour s’essayer à voler. A vivre un peu plus près de la lune. Et le soleil en émotion. Un pacte de lumières et de reflets glacés. Avec la neige qui craquelait et le vent qu’on esquissait aux nuages. A faire danser les poissons argentés au fond de la Volga, l’odeur givrée des sapins qu’on aspirait. Qu’on asphyxiait. Fermer les yeux ne nous donnait pas pour autant des ailes, car nous aimions trop la beauté des instants sourds pour imaginer nos têtes sans y voir un flocon. Des images qu’on arrachait à nos lubies. Le moment en suspens à l’Hermitage. Crever les yeux ouverts face à La Danseuse de Degas. Un chef d’œuvre en concentré et la bouche ébahie devant la touche qui réchauffe. C’était du sable dans les poumons en plein hiver quand la tempête en rafales. Comme un cri dans la poitrine qui résonnait et n’en finissait plus. Comme un cancer de couleurs dans ton crâne qui s’attisait. Comme une terre d’asile en avalanche. Jour après jour. La vie s’inondait. Fallait tenir son cœur pour retenir l’explosion. C’était ça, alimenter la passion qui crevait la faim. C’était la beauté l’instinct la majesté l’éclat la démence l’éther l’effervescence la jouissance la palpitation l’auréole le gouffre. Mais le blanc. Si léger. C’était notre litanie.

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bande son : dick dale and his del-tones - misirlou (pulp fiction ost)
et puis aussi : inspiré par mam'zelle brocolas.

THE END OF VIOLENCE



this is anna III, by subterfuge malaise


Peut-être que tout ça te rappelle quelque chose. Ou pas.
La musique pour seule raison.
Cet espoir.
Ce vouloir.
C’est cette tasse de café au petit matin, le sourire endormi.
C’est ce paquet de cigarettes posé, là, sur la table. Maladroitement.
C’est se rappeler. De la scène. Des guitares hurlantes. Des accords cassants. De la basse qui ronge. Du piano qui tremble. Les quatre-vingt-huit touches.
Ce sont des concepts avortés qui grouillent derrière mon impalpable besoin d’.
Evasion.
Relève-toi.
Attrape le bord du vide et saute dans la vie.
C’est ta seule chance de survivre sans crever la gueule ouverte devant l’absence.
Devant le manque.
Une étape à franchir et cinquante-deux autres qui suivent après elle.
Cet espoir.
Au fond du ventre.

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Bande son : Plain white T’s – Hey there Delilah
Livre du moment : Alessandro Baricco – Océan mer
Et puis aussi : titre emprunté à Mud Flow.

I’D RATHER DANCE WITH YOU



___ by podobycko


Elle achète des bouquets de fleurs par 5. Un pour la cuisine, un pour le salon, un pour le hall et deux pour sa chambre à coucher.
Elle croit que quand elle prend sa douche, un de ses voisins se rince l’œil car il aurait percé un trou dans le mur.
Elle retient sa tête dans ses mains le temps que la chaise bascule pour de bon.

En dégringolant elle a oublié de retenir entre ses doigts un fil, un cheveu, un souvenir. Un concept s’en va et dix catastrophes s’enchaînent, mais elle invite les pulsions. Elle déjoue les plans. L’abeille bourdonne, elle fait mouche, elle ingurgite, crache et recrache le monde en concentré. Elle palpite entre le global et l’inclassable. La nausée déborde et l’ancre est jetée par-dessus son dos, les impasses s’enroulent, les prises se branchent, se débranchent mais elle qui reste là. Elle peint l’overdose jour après jour, elle tourne en rond dans l’arène. Deux mouvements qui se suivent, et un saut dans le vide. Elle passe son tour, au suivant. Elle craint l’avenir à reculons, écœurée, apeurée. L’instinct s’enfuit, la poudre est blanche et le robinet coule, découle et passionne les mots qui se collent les uns aux autres sans amortir l’illusion qui s’engouffre dans le vide et les pneus qu’on éventre et qui crient, ils ne modèrent jamais.

Elle vit en ayant la certitude qu’un jour sa vie changera.
Elle précise les gestes où pendent les apparences et l’assurance qu’accumule la foule qui s’enfuit.
Elle indigne le passé. Elle construit le présent. Elle efface le futur.



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bande son : kings of convenience - homesick
humeur du moment : des mots.
et puis aussi : pic by podobycko.

A HEART OF STONE, A SMOKING GUN



La fenêtre était ouverte.
L’air balançait entre l’atmosphère et la chaleur contractait.
Sa tête qui se penchait, elle portait une robe verte à fleurs.
Elle se tenait droite et baissait la tête sans froncer des sourcils.

Elle pensait à ce que sa vie avait été avant. Ces six mois magiques, avec son sourire dans son oreille. Les minutes de silence, juste pour écouter son souffle saccadé résonner dans sa tête. Elle aurait voulu lui répondre que c’était parce qu’elle aimait sa voix qu’elle ne disait rien à chaque fois qu’il lui avait demandé pourquoi elle ne parlait pas. Mais évidemment elle n’avait jamais osé. Elle faisait partie de ces femmes qui attendaient que les choses arrivent d’elles-mêmes, qui ne provoquaient rien. Elle avait espéré pendant longtemps qu’un jour un chocolat chaud et des croissants changeraient sa vie. Mais ils n’étaient jamais arrivés. Entre temps il y avait eu beaucoup de choses, beaucoup trop de choses.

Derrière son épaule, elle pouvait apercevoir le canapé rouge de son salon et elle repensait au jour de ce fameux concert où elle avait hésité pendant deux minutes et quinze secondes à si oui ou non elle allait l’appeler. Et elle n’avait pas osé, encore une fois. Elle pensait à certaines impressions qu’elle avait le matin en se levant. Celles qui s’enfonçaient dans sa tête et répétaient ce qu’elle ne voulait pas entendre.

Elle avait toujours la tête baissée et l’air lui pesait de plus en plus sur le cœur.
Dans la rue, des gamins criaient. Elle leur aurait volontiers explosé le crâne pour qu’ils se taisent un peu.

Elle pensait à ceux qui étaient partis sans rien dire. Ceux qui n’avaient pas eu le cran de dire les choses en face. Ceux qu’on aurait aimé comprendre. Ceux qui ne pensaient plus depuis longtemps. Ceux qui ne savaient pas être objectifs. Ceux qu’elle aurait aimé détester comme ils aimaient la détester. Elle pensait à celui qui était parti sans un mot. Celui à qui elle aurait aimé dire :

« C’était peut-être ça, ce qu’il nous fallait. Au fond je devais sûrement le souhaiter et badaboum je me retrouve en face de toi à avaler la poussière. Tu te rappelles la fin du monde dans l’appartement le 31 mai à 15h17 ? Moi je me rappelle. Je me rappelle aussi des mots jetés au hasard en novembre. Je me rappelle de tes promesses en décembre, avortées en janvier. Je me rappelle de toi avant avril. Les gens disent que les gens changent et moi je dis que je ne change pas. Le champ s’étend devant nous et le soleil m’étouffe. Tu savais la lumière qui transperce le cœur et qui s’infiltre dans les recoins de ta tête. Depuis le début ce bonheur n’était qu’une esquisse impossible. Tu le savais en silence. Déjà ta main qui s’éloigne de ma bouche pour finir au creux de rien. Il faudrait devenir grain de poussière pour s’accrocher à l’étoffe du col de ta veste. Je grimperais le long de ton cou, tournerais autour de ta pomme d’Adam et je m’inverserais. Je voudrais te voler un sourire un regard une main. Je voudrais tendre un rayon dans ton oreille droite, histoire de voir si tu penses toujours à moi de la même façon. Façon acrobate je m’accroche à toi. Et là j’atteindrais ta nuque et je tomberais. »

En réalité, tout ce qu’elle avait pu faire au moment où il s’était retrouvé sur le pas de la porte, c’était soupirer. Le matin-même, elle avait eu une de ces impressions qui ne la trompaient jamais. Celles qui puaient la vérité à 50 kilomètres à la ronde. Celle de ce matin-là en faisait partie, et ça ne lui avait pas laissé d’autre choix que de regretter, cinq ans après.

Au fond, il était déjà parti sans rien dire depuis trop longtemps. Elle ne pouvait plus le rattraper, c’était trop tard.
Il était quinze heures tout rond quand elle s’était jetée depuis la fenêtre de son appartement dans le vide pour s’écraser dans la rue.
Les gamins ne criaient plus, et un sourire s’était esquissé sur son visage.



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bande son : bloc party - banquet
humeur du moment : joyeuse lalala.
et puis aussi : un certain passage est un peu inspiré d’un texte de mademoiselle clic.

THE WALL


pink floyd are gods


Lui, c’était Tom, vingt-deux années attachées derrière lui.

Au plus loin qu’il se rappelait, il avait toujours été ce garçon pas trop sûr de lui qui s’inventait des histoires pour avoir plus confiance en lui et qui draguait toutes les filles qu’il pouvait pour se remonter le moral.

A 12 ans, il était rentré au lycée, avec son lot de bonnes surprises, mais surtout de mauvaises surprises. Il y avait eu quelques filles dans sa vie, mais ça s’était toujours arrêté à la boum du vendredi soir. Il avait commencé à croire en Dieu le jour où Marie avait mis sa langue dans sa bouche ; il faut dire qu’il avait prié pendant une semaine pour que ce moment arrive. Et il était arrivé. Deux semaines après, elle le quittait. Après ça, il s’était juré de ne plus jamais croire en Dieu et en ce que dit ce livre où tout le monde est pécheur, Marie la première.

A la fin du lycée, il avait obtenu son bac avec mention ; toute sa famille était très fière de lui et s’était réunie pour cette occasion. Il y avait des cousins issus de germain qu’il n’avait jamais vu, et surtout, Tata Jaqueline, qui lui offrait toujours ses biscuits à l’anis, alors qu’il ne la voyait qu’une fois par an, soit pour Noël. Et là, l’entrée à la fac pendait à son nez, avec l’éternelle question de « Médecine ? pas médecine ? Droit ? pas droit ? ». Il avait choisi Droit parce que, même si petit il croyait que c’était obligé de rencontrer plein de belles infirmières, il n’était pas fou : il ne choisirait pas médecine et ses parents l’avaient convaincu que le Droit était une voie qui mène loin.

Alors il était persuadé que la fac serait un endroit fantastique pour rencontrer des filles, et en effet, il en avait trouvé plusieurs à son goût, mais il n’allait jamais plus loin, car au fond, toujours ce sentiment que ce n’était pas vraiment ça, pas ce qu’il espérait. Les jours passaient, et il récitait dans sa tête des mots célèbres d’un écrivain tout aussi célèbre mais dont il ne se rappelait jamais du nom, parce qu’à quoi bon ?

Elle, c’était Julie, vingt-quatre années enroulées autour d’elle.

Au plus loin qu’elle se rappelait, elle avait toujours été cette fille qu’on aimait bien, mais sans plus. Celle qui regardait les gens en leur inventant une vie comme elle aurait aimé avoir.

A 8 ans, elle était tombée dans les pommes en voyant son hamster mort étouffé à force de courir sur cette roue qu’elle avait mise dans sa cage, alors qu’elle savait très bien qu’il ne connaissait pas ses limites. Depuis, elle avait une peur maladive des roues et de tout ce qui était de forme cylindrique. Elle n’y pouvait rien, c’était comme ça.

A 14 ans, sa mère lui avait fait découvrir ce qu’elle appelait les valeurs sûres. En fait, ce n’était pas grand-chose, juste quelques vieux vinyles et deux cartes postales de tableaux de peintres qu’on avait pris pour des fous à l’époque et dont leurs toiles aujourd’hui valaient des millions. Sa mère avait toujours été prise pour une artiste déjantée. Elle voulait transmettre sa passion à sa fille, et elle comptait y arriver. Elle y était arrivée.

Julie avait quitté le lycée à 18 ans, et là elle avait voulu s’inscrire aux Beaux-arts, mais son père était parti dix ans plus tôt et sa mère ne pouvait pas le lui offrir. Alors elle s’était trouvé un job dans un restau’ et avait bossé comme serveuse pendant deux ans. Quand les clients lui demandaient pourquoi une si jolie fille était serveuse et qu’elle leur répondait que c’était pour se payer ses études, on lui riait à la gueule en lui disant qu’elle n’était qu’une pauvre utopique. Alors elle avait fini par répondre que c’était comme ça parce que les études, c’était pas son truc. Mais en réalité, elle croyait en ce qu’elle faisait. Quand elle eut enfin récolté l’argent nécessaire pour entrer aux Beaux-arts, son dossier fut refusé ; elle n’avait alors pas d’autre choix que de s’inscrire à la fac en Histoire de l’art, et au fond, ce n’était pas trop loin de ce qu’elle espérait.

Eux, c’était Tom et Julie, et ça faisait trois ans qu’ils avaient ouvert les vannes de l’amour lorsque leur Clio s’était encâstrée dans ce mur.



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bande son : ma radioblog.
humeur du moment : « les vannes de l’amour » est © anna gavalda.
et puis aussi : ma mère va exposer à europ’art pour la deuxième fois, donc venez tous à genève, quoi. (en plus il y a le salon du livre au même moment et au même endroit, c’est une occasion en or (nonon je ne fais pas de la pub.))