« Posée sur la corniche ultime du monde, à un pas de la fin de la mer, la pension Almayer laissait, ce soir-là encore, l’obscurité réduire peu à peu au silence les couleurs de ses murs : et celles de la terre tout entière et de l’océan tout entier. »
« [...] elle était la haine et le désespoir, elle était la pitié et le renoncement, elle est ce sang et cette chair, elle est cette horreur et cette splendeur. Il n’y a pas de radeau, il n’y a pas d’hommes, il n’y a pas de paroles, de sentiments, de gestes, rien. Il n’y a pas de coupables ni d’innocents, de condamnés ni de sauvés. Il y a seulement la mer. Tout n’est plus que mer. Nous, abandonnés de la terre, nous sommes devenus le ventre de la mer, et le ventre de la mer c’est nous, et en nous elle vit et respire. Et moi je la regarde qui danse dans son manteau étincelant pour la joie de ses yeux à elle, invisibles, et je sais enfin que ce n’est la défaite d’aucun homme, mais seulement le triomphe de la mer, et sa gloire, tout ceci, et alors, alors, HOSANNAH, HOSANNAH, HOSANNAH POUR ELLE, la mer immense, océan mer, plus puissante que tous les puissants, plus merveilleuses que toutes les merveilles, HOSANNAH ET GLOIRE A ELLE, maîtresse et esclave, victime et bourreau, HOSANNAH, la terre s’incline sur son passage et de ses lèvres parfumées lèche les bords de son manteau, SAINTE, TROIS FOIS SAINTE, berceau de tous les nouveau-nés et ventre de toutes les morts, HOSANNAH ET GLOIRE A ELLE, le havre de tous les destins, le grand cœur qui bat, le commencement et la fin, l’horizon et la source, la souveraine du néant, la maîtresse du grand tout, HOSANNAH ET GLOIRE A ELLE, reine du temps et maîtresse des nuits, la seule et l’unique, HOSANNAH car l’horizon lui appartient, et vertigineux est son sein, profond et insondable, ET GLOIRE, GLOIRE, GLOIRE au plus haut des cieux car il n’est pas de ciel qui en Elle ne se reflète et ne se perde, et il n’est pas de terre qui à Elle ne se soumette, Elle l’invincible, Elle la sœur chérie de la lune, la mère attentionnée des douces marées, que devant Elle s’inclinent tous les hommes et qu’ils lancent vers Elle leurs chants de HOSANNAH ET GLOIRE car Elle est en eux, et en eux grandit, et ils vivent et meurent en Elle, et Elle est pour eux le secret et le but et la vérité et la condamnation et le salut et la route unique vers l’éternité, et il en est ainsi, et il continuera d’en être ainsi, jusqu’à la fin des jours, qui sera la fin de la mer, si la mer doit finir, Elle, la Sainte, la Seule et l’Unique, l’Océan Mer, et que pour Elle on chante HOSANNAH ET GLOIRE jusqu’à la fin des siècles. AMEN. »
« En équilibre sur le bord de la terre, à un pas de la mer déchaînée, reposait, immobile, la pension Almayer, plongée dans l’obscurité de la nuit comme un portrait, gage d’amour, dans l’obscurité d’un tiroir. »
BARICCO Alessandro, Océan mer, 1993
Si j’organise un pèlerinage à Turin pour se prosterner devant l’immeuble de Baricco, qui vient ?
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Bande son : Cat Power - Babydoll
Livre du moment : Baricco - Océan mer
Humeur du moment : ce mec est un Dieu.
/ edit : il suffit que je place trois mots d’italien dans les commentaires pour avoir des bots de ce même pays qui débarquent. o_0