
On ne savait pas réellement quand tout ça avait commencé. Sûrement le jour où il était arrivé ici pour ne plus jamais en repartir.
Silence.
Il avait voulu la mer, les vagues, l’écume et le vent du nord. Il avait voulu le bout du monde, la liberté, la démesure et le bleu roi. Il avait voulu la royauté des vagues, l’impérialité des remouds et l’impartialité du monstre marin. Tout pour elle, il avait tout quitté pour elle. C’était ça, l’amour, s’impatienter au moindre souffle, créer l’absence, crever le manque.
Silence.
Il l’avait imaginée grande, immense, colossale. Il l’avait imaginée brillante, exaltante et si tranchante. Crachant ses tripes, calmant les essors, empoisonnant le ciel de son soupçon de colère. Il avait voulu y baigner son corps, y étendre ses lubies.
Silence.
Puis le bouleversement, la chute, le déclenchement. De l’azur au bleu nuit, du soir au matin, du tout au rien et du simple au double, la mer lui tordait l’estomac à en crier de douleur. Il était parti à la recherche de l’endroit précis où le monde s’évaporait à l’horizon, laissant derrière lui de la lumière à en griller sa rétine.
Silence.
Il voyait, devant lui, la ligne qui se détachait du monde, indescriptiblement petite, séparant le ciel de la mer et la mer du ciel. Or voilà, on ne peut pas vivre impunément si près des nuages. On ne vit pas avec cette fièvre au corps impunément.
La mer claquait contre les rochers.
Aux bords-mêmes de l’infini, là où le monde n’a plus de limite, une tempête peut tout prendre avec elle. Tu ne t’en rends pas compte, quand elle est calme, la mer, que tu as devant toi la force de milliers d’hommes réunis. Mais tu ne l’arrêtes pas, la mer, quand elle gronde et résonne.
Silence.
Dix neuf huit sept six cinq quatre trois gouttes de sueur perlaient le long de son front.
Silence.
Puis c’est la volupté des vagues qui se fracassent contre les rochers. Un instant et des milliers de mouvements, des milliers de gestes qui s’encanaillent.
Et c’est la folie qui le prend. Il court dans les vagues, il crie. Il veut la voir, il veut la sentir sous son poids, mais c’est l’horreur dans sa tête, et dans ses mains, il y a le bruit de la mer qui ronge, la mer qui prend, la mer qui casse, la mer qui détruit et la mer qui tue.
Silence.
L’Océan l’avala
Silence.
Il avait juste voulu vivre pour ce bonheur imperceptible qu’était celui d’entrapercevoir un rayon de soleil, un grain de lumière sur les flots déchaînés.
Il disait souvent que tout était une question de proportion et d’équilibre, et que nos vies pourraient facilement se résumer à cette quête de l’impossible. Il avait voué sa vie entière à refaire chaque courbe de la moindre vague. Son souffle, sa vie, son sang, il avait tout donné pour devenir esclave de la Belle. Celle qu’on ne nomme plus, celle qu’on se doit de deviner en silence, celle qu’on peine à esquisser en hiver, tant les doigts tremblent, engourdis par cette lumière manquante et pourtant si présente.
Il savait pourtant ce que ces mois au bord de la mer signifiaient. Capter l’instant, le mouvement, le monde extérieur. Mais au fond de lui, toujours cette recherche de soi-même. Passer 48 heures à s’époumoner la tête en arrière. 178'200 secondes à crier la vie en fermant les yeux et ses souffles coupés qui s’échappaient silencieusement. Cette soif de couleurs n’avait jamais cessé de déambuler dans son esprit. Le long des rives, ce sont des couleurs qui s’attisent, qui saturent et qui meurent. Même le noir et le blanc n’existent plus. Il lui suffisait d’y croire pour que tout se réalise sous ses yeux éblouis.
Comment rêver quelque chose de plus beau ? Pourquoi aurait-il dû construire un présent qui n’aurait duré plus d’une seconde ?
C’étaient des moments en bataille qui faisaient vibrer son cœur, et chaque jour il s’extasait un peu plus devant l’immensité de l’Océan.
C’étaient cette continuelle inconscience, ce battement de cil, ce voyage incertain, ce rythme libre, qui faisaient vivre sa passion. La passion pour laquelle sa vie avait été sans raison, si ce n’était celle d’avoir été maladroitement passionné par la Belle.
Silence.
Je me souviens de cette odeur. Je me souviens de ces toiles entassées au bord de l’eau. Je me souviens de ces nuances. Et le vent qui balaie ; ce sont des instants qui s’évaporent.
Silence.
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bande son : boards of canada – music is math + beware of the friendly strangers
et puis aussi : du bordel.
et puis quoi d’autre : pic by correiae.
/ edit : allez tous ici.