Cause I like cars more than telephones
jeudi 3 août 2006 à 21:25 par enaid :: à l’encre bleue

Un paysage évidé, un ciel nuageux : un tableau trop parfait pour eux. Il y a le son d’un harmonica rouge qui étouffe l’air et il regarde passer les kilomètres. Droit devant lui, de petites routes montagneuses à perte de vue, avec, à droite, des arbres qui manquent de s’envoler, et, à gauche, une voie trop vide. Pas une voiture, pas un bruit, rien. Juste lui, sa voiture et elle, à côté. Peut-être que si, l’espace d’une seconde, il arrêtait de regarder la route pour laisser ses yeux se poser, délicatement, sur ses jambes, il ne se passerait rien, car elle dort, doucement, ou semble dormir ; c’est la même chose, se dit-il. Sa tête se repose contre la vitre et sa jupe rose, avec des fleurs grises imprimées un peu partout, est remontée à mi-cuisses. Il la regarde il l’observe il la dévore des yeux. Elle se réveille. Mais doucement. D’abord ses yeux sont fermés, puis ils s’ouvrent, et, à nouveau, se referment. Leurs regards se croisent en un instant, et, alors, elle lui dit :
__ Les gens ne changent jamais.
Elle parle si doucement que ses mots font comme une chanson, se calant parfaitement avec le son de l’harmonica couleur feu qui déchante sur l’autoradio. Elle pose ses mains sur ses hanches, et regarde devant elle ; une route grise, des arbres perturbant l’équilibre si fragile de l’horizon et quelques nuages qui se perdent dans un ciel bien trop bleu. Un sourire se dessinant lentement sur son visage, elle pense à ce que les gens ne sont pas capables de faire : empreindre la vie de poésie, et la saisir. Il y a une guitare qui grésille, mentionnant un accord qu’elle ne connaît pas, do majeur ou la mineur, qui s’en fout et qui s’enfuit. Elle laisse derrière elle une ville où règne la guerre de tous contre tous. Et, pourtant, il arrive encore, lui, à attraper le peu de vie qu’il leur reste, capter l’instant et le poser, là, sur ses toiles. Sa touche fait mouche et elle tremble elle frissonne elle palpite. Sans broncher, il répond :
__ C’est cette vérité qui finira par se heurter contre leur gueule.
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Bande son : Pablo de Sarasate – Habañera Op.21, No.2
Et puis aussi : pic’ de Sweater Woolf.
