by Olinwena


ELLE : Et même Saint Petersbourg au petit matin n’a rien d’une jolie ville.

LUI : Alors c’est que tu ne te souviens plus de ce mois de décembre où nous avions de petits flocons qui brillaient au coin des yeux sous l’aurore. A la surface des désirs enneigés qui flottaient au creux de la Néva. Gelée. L’air froid qui fatiguait et qui tendait. Juste pour s’essayer à voler. A vivre un peu plus près de la lune. Et le soleil en émotion. Un pacte de lumières et de reflets glacés. Avec la neige qui craquelait et le vent qu’on esquissait aux nuages. A faire danser les poissons argentés au fond de la Volga, l’odeur givrée des sapins qu’on aspirait. Qu’on asphyxiait. Fermer les yeux ne nous donnait pas pour autant des ailes, car nous aimions trop la beauté des instants sourds pour imaginer nos têtes sans y voir un flocon. Des images qu’on arrachait à nos lubies. Le moment en suspens à l’Hermitage. Crever les yeux ouverts face à La Danseuse de Degas. Un chef d’œuvre en concentré et la bouche ébahie devant la touche qui réchauffe. C’était du sable dans les poumons en plein hiver quand la tempête en rafales. Comme un cri dans la poitrine qui résonnait et n’en finissait plus. Comme un cancer de couleurs dans ton crâne qui s’attisait. Comme une terre d’asile en avalanche. Jour après jour. La vie s’inondait. Fallait tenir son cœur pour retenir l’explosion. C’était ça, alimenter la passion qui crevait la faim. C’était la beauté l’instinct la majesté l’éclat la démence l’éther l’effervescence la jouissance la palpitation l’auréole le gouffre. Mais le blanc. Si léger. C’était notre litanie.

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bande son : dick dale and his del-tones - misirlou (pulp fiction ost)
et puis aussi : inspiré par mam'zelle brocolas.