La fenêtre était ouverte.
L’air balançait entre l’atmosphère et la chaleur contractait.
Sa tête qui se penchait, elle portait une robe verte à fleurs.
Elle se tenait droite et baissait la tête sans froncer des sourcils.

Elle pensait à ce que sa vie avait été avant. Ces six mois magiques, avec son sourire dans son oreille. Les minutes de silence, juste pour écouter son souffle saccadé résonner dans sa tête. Elle aurait voulu lui répondre que c’était parce qu’elle aimait sa voix qu’elle ne disait rien à chaque fois qu’il lui avait demandé pourquoi elle ne parlait pas. Mais évidemment elle n’avait jamais osé. Elle faisait partie de ces femmes qui attendaient que les choses arrivent d’elles-mêmes, qui ne provoquaient rien. Elle avait espéré pendant longtemps qu’un jour un chocolat chaud et des croissants changeraient sa vie. Mais ils n’étaient jamais arrivés. Entre temps il y avait eu beaucoup de choses, beaucoup trop de choses.

Derrière son épaule, elle pouvait apercevoir le canapé rouge de son salon et elle repensait au jour de ce fameux concert où elle avait hésité pendant deux minutes et quinze secondes à si oui ou non elle allait l’appeler. Et elle n’avait pas osé, encore une fois. Elle pensait à certaines impressions qu’elle avait le matin en se levant. Celles qui s’enfonçaient dans sa tête et répétaient ce qu’elle ne voulait pas entendre.

Elle avait toujours la tête baissée et l’air lui pesait de plus en plus sur le cœur.
Dans la rue, des gamins criaient. Elle leur aurait volontiers explosé le crâne pour qu’ils se taisent un peu.

Elle pensait à ceux qui étaient partis sans rien dire. Ceux qui n’avaient pas eu le cran de dire les choses en face. Ceux qu’on aurait aimé comprendre. Ceux qui ne pensaient plus depuis longtemps. Ceux qui ne savaient pas être objectifs. Ceux qu’elle aurait aimé détester comme ils aimaient la détester. Elle pensait à celui qui était parti sans un mot. Celui à qui elle aurait aimé dire :

« C’était peut-être ça, ce qu’il nous fallait. Au fond je devais sûrement le souhaiter et badaboum je me retrouve en face de toi à avaler la poussière. Tu te rappelles la fin du monde dans l’appartement le 31 mai à 15h17 ? Moi je me rappelle. Je me rappelle aussi des mots jetés au hasard en novembre. Je me rappelle de tes promesses en décembre, avortées en janvier. Je me rappelle de toi avant avril. Les gens disent que les gens changent et moi je dis que je ne change pas. Le champ s’étend devant nous et le soleil m’étouffe. Tu savais la lumière qui transperce le cœur et qui s’infiltre dans les recoins de ta tête. Depuis le début ce bonheur n’était qu’une esquisse impossible. Tu le savais en silence. Déjà ta main qui s’éloigne de ma bouche pour finir au creux de rien. Il faudrait devenir grain de poussière pour s’accrocher à l’étoffe du col de ta veste. Je grimperais le long de ton cou, tournerais autour de ta pomme d’Adam et je m’inverserais. Je voudrais te voler un sourire un regard une main. Je voudrais tendre un rayon dans ton oreille droite, histoire de voir si tu penses toujours à moi de la même façon. Façon acrobate je m’accroche à toi. Et là j’atteindrais ta nuque et je tomberais. »

En réalité, tout ce qu’elle avait pu faire au moment où il s’était retrouvé sur le pas de la porte, c’était soupirer. Le matin-même, elle avait eu une de ces impressions qui ne la trompaient jamais. Celles qui puaient la vérité à 50 kilomètres à la ronde. Celle de ce matin-là en faisait partie, et ça ne lui avait pas laissé d’autre choix que de regretter, cinq ans après.

Au fond, il était déjà parti sans rien dire depuis trop longtemps. Elle ne pouvait plus le rattraper, c’était trop tard.
Il était quinze heures tout rond quand elle s’était jetée depuis la fenêtre de son appartement dans le vide pour s’écraser dans la rue.
Les gamins ne criaient plus, et un sourire s’était esquissé sur son visage.



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bande son : bloc party - banquet
humeur du moment : joyeuse lalala.
et puis aussi : un certain passage est un peu inspiré d’un texte de mademoiselle clic.