I’D RATHER DANCE WITH YOU



___ by podobycko


Elle achète des bouquets de fleurs par 5. Un pour la cuisine, un pour le salon, un pour le hall et deux pour sa chambre à coucher.
Elle croit que quand elle prend sa douche, un de ses voisins se rince l’œil car il aurait percé un trou dans le mur.
Elle retient sa tête dans ses mains le temps que la chaise bascule pour de bon.

En dégringolant elle a oublié de retenir entre ses doigts un fil, un cheveu, un souvenir. Un concept s’en va et dix catastrophes s’enchaînent, mais elle invite les pulsions. Elle déjoue les plans. L’abeille bourdonne, elle fait mouche, elle ingurgite, crache et recrache le monde en concentré. Elle palpite entre le global et l’inclassable. La nausée déborde et l’ancre est jetée par-dessus son dos, les impasses s’enroulent, les prises se branchent, se débranchent mais elle qui reste là. Elle peint l’overdose jour après jour, elle tourne en rond dans l’arène. Deux mouvements qui se suivent, et un saut dans le vide. Elle passe son tour, au suivant. Elle craint l’avenir à reculons, écœurée, apeurée. L’instinct s’enfuit, la poudre est blanche et le robinet coule, découle et passionne les mots qui se collent les uns aux autres sans amortir l’illusion qui s’engouffre dans le vide et les pneus qu’on éventre et qui crient, ils ne modèrent jamais.

Elle vit en ayant la certitude qu’un jour sa vie changera.
Elle précise les gestes où pendent les apparences et l’assurance qu’accumule la foule qui s’enfuit.
Elle indigne le passé. Elle construit le présent. Elle efface le futur.



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bande son : kings of convenience - homesick
humeur du moment : des mots.
et puis aussi : pic by podobycko.

A HEART OF STONE, A SMOKING GUN



La fenêtre était ouverte.
L’air balançait entre l’atmosphère et la chaleur contractait.
Sa tête qui se penchait, elle portait une robe verte à fleurs.
Elle se tenait droite et baissait la tête sans froncer des sourcils.

Elle pensait à ce que sa vie avait été avant. Ces six mois magiques, avec son sourire dans son oreille. Les minutes de silence, juste pour écouter son souffle saccadé résonner dans sa tête. Elle aurait voulu lui répondre que c’était parce qu’elle aimait sa voix qu’elle ne disait rien à chaque fois qu’il lui avait demandé pourquoi elle ne parlait pas. Mais évidemment elle n’avait jamais osé. Elle faisait partie de ces femmes qui attendaient que les choses arrivent d’elles-mêmes, qui ne provoquaient rien. Elle avait espéré pendant longtemps qu’un jour un chocolat chaud et des croissants changeraient sa vie. Mais ils n’étaient jamais arrivés. Entre temps il y avait eu beaucoup de choses, beaucoup trop de choses.

Derrière son épaule, elle pouvait apercevoir le canapé rouge de son salon et elle repensait au jour de ce fameux concert où elle avait hésité pendant deux minutes et quinze secondes à si oui ou non elle allait l’appeler. Et elle n’avait pas osé, encore une fois. Elle pensait à certaines impressions qu’elle avait le matin en se levant. Celles qui s’enfonçaient dans sa tête et répétaient ce qu’elle ne voulait pas entendre.

Elle avait toujours la tête baissée et l’air lui pesait de plus en plus sur le cœur.
Dans la rue, des gamins criaient. Elle leur aurait volontiers explosé le crâne pour qu’ils se taisent un peu.

Elle pensait à ceux qui étaient partis sans rien dire. Ceux qui n’avaient pas eu le cran de dire les choses en face. Ceux qu’on aurait aimé comprendre. Ceux qui ne pensaient plus depuis longtemps. Ceux qui ne savaient pas être objectifs. Ceux qu’elle aurait aimé détester comme ils aimaient la détester. Elle pensait à celui qui était parti sans un mot. Celui à qui elle aurait aimé dire :

« C’était peut-être ça, ce qu’il nous fallait. Au fond je devais sûrement le souhaiter et badaboum je me retrouve en face de toi à avaler la poussière. Tu te rappelles la fin du monde dans l’appartement le 31 mai à 15h17 ? Moi je me rappelle. Je me rappelle aussi des mots jetés au hasard en novembre. Je me rappelle de tes promesses en décembre, avortées en janvier. Je me rappelle de toi avant avril. Les gens disent que les gens changent et moi je dis que je ne change pas. Le champ s’étend devant nous et le soleil m’étouffe. Tu savais la lumière qui transperce le cœur et qui s’infiltre dans les recoins de ta tête. Depuis le début ce bonheur n’était qu’une esquisse impossible. Tu le savais en silence. Déjà ta main qui s’éloigne de ma bouche pour finir au creux de rien. Il faudrait devenir grain de poussière pour s’accrocher à l’étoffe du col de ta veste. Je grimperais le long de ton cou, tournerais autour de ta pomme d’Adam et je m’inverserais. Je voudrais te voler un sourire un regard une main. Je voudrais tendre un rayon dans ton oreille droite, histoire de voir si tu penses toujours à moi de la même façon. Façon acrobate je m’accroche à toi. Et là j’atteindrais ta nuque et je tomberais. »

En réalité, tout ce qu’elle avait pu faire au moment où il s’était retrouvé sur le pas de la porte, c’était soupirer. Le matin-même, elle avait eu une de ces impressions qui ne la trompaient jamais. Celles qui puaient la vérité à 50 kilomètres à la ronde. Celle de ce matin-là en faisait partie, et ça ne lui avait pas laissé d’autre choix que de regretter, cinq ans après.

Au fond, il était déjà parti sans rien dire depuis trop longtemps. Elle ne pouvait plus le rattraper, c’était trop tard.
Il était quinze heures tout rond quand elle s’était jetée depuis la fenêtre de son appartement dans le vide pour s’écraser dans la rue.
Les gamins ne criaient plus, et un sourire s’était esquissé sur son visage.



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bande son : bloc party - banquet
humeur du moment : joyeuse lalala.
et puis aussi : un certain passage est un peu inspiré d’un texte de mademoiselle clic.

THE WALL


pink floyd are gods


Lui, c’était Tom, vingt-deux années attachées derrière lui.

Au plus loin qu’il se rappelait, il avait toujours été ce garçon pas trop sûr de lui qui s’inventait des histoires pour avoir plus confiance en lui et qui draguait toutes les filles qu’il pouvait pour se remonter le moral.

A 12 ans, il était rentré au lycée, avec son lot de bonnes surprises, mais surtout de mauvaises surprises. Il y avait eu quelques filles dans sa vie, mais ça s’était toujours arrêté à la boum du vendredi soir. Il avait commencé à croire en Dieu le jour où Marie avait mis sa langue dans sa bouche ; il faut dire qu’il avait prié pendant une semaine pour que ce moment arrive. Et il était arrivé. Deux semaines après, elle le quittait. Après ça, il s’était juré de ne plus jamais croire en Dieu et en ce que dit ce livre où tout le monde est pécheur, Marie la première.

A la fin du lycée, il avait obtenu son bac avec mention ; toute sa famille était très fière de lui et s’était réunie pour cette occasion. Il y avait des cousins issus de germain qu’il n’avait jamais vu, et surtout, Tata Jaqueline, qui lui offrait toujours ses biscuits à l’anis, alors qu’il ne la voyait qu’une fois par an, soit pour Noël. Et là, l’entrée à la fac pendait à son nez, avec l’éternelle question de « Médecine ? pas médecine ? Droit ? pas droit ? ». Il avait choisi Droit parce que, même si petit il croyait que c’était obligé de rencontrer plein de belles infirmières, il n’était pas fou : il ne choisirait pas médecine et ses parents l’avaient convaincu que le Droit était une voie qui mène loin.

Alors il était persuadé que la fac serait un endroit fantastique pour rencontrer des filles, et en effet, il en avait trouvé plusieurs à son goût, mais il n’allait jamais plus loin, car au fond, toujours ce sentiment que ce n’était pas vraiment ça, pas ce qu’il espérait. Les jours passaient, et il récitait dans sa tête des mots célèbres d’un écrivain tout aussi célèbre mais dont il ne se rappelait jamais du nom, parce qu’à quoi bon ?

Elle, c’était Julie, vingt-quatre années enroulées autour d’elle.

Au plus loin qu’elle se rappelait, elle avait toujours été cette fille qu’on aimait bien, mais sans plus. Celle qui regardait les gens en leur inventant une vie comme elle aurait aimé avoir.

A 8 ans, elle était tombée dans les pommes en voyant son hamster mort étouffé à force de courir sur cette roue qu’elle avait mise dans sa cage, alors qu’elle savait très bien qu’il ne connaissait pas ses limites. Depuis, elle avait une peur maladive des roues et de tout ce qui était de forme cylindrique. Elle n’y pouvait rien, c’était comme ça.

A 14 ans, sa mère lui avait fait découvrir ce qu’elle appelait les valeurs sûres. En fait, ce n’était pas grand-chose, juste quelques vieux vinyles et deux cartes postales de tableaux de peintres qu’on avait pris pour des fous à l’époque et dont leurs toiles aujourd’hui valaient des millions. Sa mère avait toujours été prise pour une artiste déjantée. Elle voulait transmettre sa passion à sa fille, et elle comptait y arriver. Elle y était arrivée.

Julie avait quitté le lycée à 18 ans, et là elle avait voulu s’inscrire aux Beaux-arts, mais son père était parti dix ans plus tôt et sa mère ne pouvait pas le lui offrir. Alors elle s’était trouvé un job dans un restau’ et avait bossé comme serveuse pendant deux ans. Quand les clients lui demandaient pourquoi une si jolie fille était serveuse et qu’elle leur répondait que c’était pour se payer ses études, on lui riait à la gueule en lui disant qu’elle n’était qu’une pauvre utopique. Alors elle avait fini par répondre que c’était comme ça parce que les études, c’était pas son truc. Mais en réalité, elle croyait en ce qu’elle faisait. Quand elle eut enfin récolté l’argent nécessaire pour entrer aux Beaux-arts, son dossier fut refusé ; elle n’avait alors pas d’autre choix que de s’inscrire à la fac en Histoire de l’art, et au fond, ce n’était pas trop loin de ce qu’elle espérait.

Eux, c’était Tom et Julie, et ça faisait trois ans qu’ils avaient ouvert les vannes de l’amour lorsque leur Clio s’était encâstrée dans ce mur.



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bande son : ma radioblog.
humeur du moment : « les vannes de l’amour » est © anna gavalda.
et puis aussi : ma mère va exposer à europ’art pour la deuxième fois, donc venez tous à genève, quoi. (en plus il y a le salon du livre au même moment et au même endroit, c’est une occasion en or (nonon je ne fais pas de la pub.))

PRETTY GOOD YEAR.

qu’avez-vous fait en 2005 et que vous n’aviez jamais fait avant ? utiliser photoshop.
est-ce qu’un de vos proches a eu un enfant ? mmh, non j’crois pas.
est-ce qu’un de vos proches est mort ? oui.
quel(s) pays avez-vous visité(s) ? la france (paris quoi).
quelle date de 2005 restera accrochée à votre mémoire ? le 14 et le 15 février (lalala).
quel a été votre plus grand exploit cette année ? ne pas avoir pété les plombs (pourtant y aurait eu de quoi).
votre plus gros échec ? ne pas avoir réussi à jouer cette fucking méditation de thaïs de massenet.
avez-vous été malade ou blessé ? j’ai eu le rhume pendant deux semaines.
quelle a été la meilleure chose que vous ayez acheté ? mon billet de train pour paris.
où va la plupart de votre argent ? fringues + livres + places de concert.
qu’est-ce qui vous a vraiment, vraiment, vraiment fait plaisir ? certains mots (et paradoxalement, certains mots m’ont vraiment, vraiment, vraiment fait pleurer).
quelles chansons vous rappelleront toujours 2005 ? celles de the arcade fire, de metric et des yeah yeah yeahs.
comparé à la même époque l’an dernier, vous êtes :
i. plus heureux ou plus triste ? plus heureuse s’teup.
ii. plus mince ou plus gros ? plus mince (merci de remuer le couteau dans la plaie).
iii. plus riche ou plus pauvre ? plus riche (bon okay, là j’ai genre 80 centimes).
qu’est-ce que vous auriez aimé faire plus ? photographier.
qu’est-ce que vous auriez aimé faire moins ? penser au passé.
comment avez-vous passé le réveillon du nouvel an ? j’ai joué au pictionnary et au tabou en buvant de la clairette de die.
êtes-vous tombé amoureux cette année ? oui.
quel a été votre programme / série TV préféré ? LOOOOOOOOOOOOOOOOOOST.
quelle a été votre meilleure découverte musicale ? mmh the arcade fire je pense. enfin en même temps, cette année j’ai dû découvrir genre plus de 100 groupes alors, hein, tu sais, des découvertes musicales, y en a vraiment eu beaucoup.
qu’est-ce que vous vouliez et que vous avez effectivement eu ?l’amoûûûûr.
que vouliez-vous et que vous n’avez pas eu ? mais tu aimes remuer le couteau toi dis hein.
quel a été votre film préféré cette année ? closer + 21 grammes + je sais plus. (j’ai vu pas mal de navets aussi.)
qu’avez-vous fait pour votre anniversaire ? un gâteau tout plat (oui, maintenant je sais qu’il ne faut pas ouvrir le four pendant la cuisson).
comment pourriez-vous décrire votre conception personnelle de la mode en 2005 ? de la merde pour poufs attardées.
sur quelle célébrité fantasmez-vous le plus ? nick valensi des strokes, of course.
qui vous manque ? plus personne.
quelle a été la meilleure personne que vous ayez rencontré ? t’as pas fini ta phrase (comprendra qui pourra).
comment pourriez-vous résumer 2005 ? un bon mélange.

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bande son : metric - empty
humeur du moment : ho first note.
livre du moment : patrick eudeline - dansons sous les bombes