
Lui, c’était Tom, vingt-deux années attachées derrière lui.
Au plus loin qu’il se rappelait, il avait toujours été ce garçon pas trop sûr de lui qui s’inventait des histoires pour avoir plus confiance en lui et qui draguait toutes les filles qu’il pouvait pour se remonter le moral.
A 12 ans, il était rentré au lycée, avec son lot de bonnes surprises, mais surtout de mauvaises surprises. Il y avait eu quelques filles dans sa vie, mais ça s’était toujours arrêté à la boum du vendredi soir. Il avait commencé à croire en Dieu le jour où Marie avait mis sa langue dans sa bouche ; il faut dire qu’il avait prié pendant une semaine pour que ce moment arrive. Et il était arrivé. Deux semaines après, elle le quittait. Après ça, il s’était juré de ne plus jamais croire en Dieu et en ce que dit ce livre où tout le monde est pécheur, Marie la première.
A la fin du lycée, il avait obtenu son bac avec mention ; toute sa famille était très fière de lui et s’était réunie pour cette occasion. Il y avait des cousins issus de germain qu’il n’avait jamais vu, et surtout, Tata Jaqueline, qui lui offrait toujours ses biscuits à l’anis, alors qu’il ne la voyait qu’une fois par an, soit pour Noël. Et là, l’entrée à la fac pendait à son nez, avec l’éternelle question de « Médecine ? pas médecine ? Droit ? pas droit ? ». Il avait choisi Droit parce que, même si petit il croyait que c’était obligé de rencontrer plein de belles infirmières, il n’était pas fou : il ne choisirait pas médecine et ses parents l’avaient convaincu que le Droit était une voie qui mène loin.
Alors il était persuadé que la fac serait un endroit fantastique pour rencontrer des filles, et en effet, il en avait trouvé plusieurs à son goût, mais il n’allait jamais plus loin, car au fond, toujours ce sentiment que ce n’était pas vraiment ça, pas ce qu’il espérait. Les jours passaient, et il récitait dans sa tête des mots célèbres d’un écrivain tout aussi célèbre mais dont il ne se rappelait jamais du nom, parce qu’à quoi bon ?
Elle, c’était Julie, vingt-quatre années enroulées autour d’elle.
Au plus loin qu’elle se rappelait, elle avait toujours été cette fille qu’on aimait bien, mais sans plus. Celle qui regardait les gens en leur inventant une vie comme elle aurait aimé avoir.
A 8 ans, elle était tombée dans les pommes en voyant son hamster mort étouffé à force de courir sur cette roue qu’elle avait mise dans sa cage, alors qu’elle savait très bien qu’il ne connaissait pas ses limites. Depuis, elle avait une peur maladive des roues et de tout ce qui était de forme cylindrique. Elle n’y pouvait rien, c’était comme ça.
A 14 ans, sa mère lui avait fait découvrir ce qu’elle appelait les valeurs sûres. En fait, ce n’était pas grand-chose, juste quelques vieux vinyles et deux cartes postales de tableaux de peintres qu’on avait pris pour des fous à l’époque et dont leurs toiles aujourd’hui valaient des millions. Sa mère avait toujours été prise pour une artiste déjantée. Elle voulait transmettre sa passion à sa fille, et elle comptait y arriver. Elle y était arrivée.
Julie avait quitté le lycée à 18 ans, et là elle avait voulu s’inscrire aux Beaux-arts, mais son père était parti dix ans plus tôt et sa mère ne pouvait pas le lui offrir. Alors elle s’était trouvé un job dans un restau’ et avait bossé comme serveuse pendant deux ans. Quand les clients lui demandaient pourquoi une si jolie fille était serveuse et qu’elle leur répondait que c’était pour se payer ses études, on lui riait à la gueule en lui disant qu’elle n’était qu’une pauvre utopique. Alors elle avait fini par répondre que c’était comme ça parce que les études, c’était pas son truc. Mais en réalité, elle croyait en ce qu’elle faisait. Quand elle eut enfin récolté l’argent nécessaire pour entrer aux Beaux-arts, son dossier fut refusé ; elle n’avait alors pas d’autre choix que de s’inscrire à la fac en Histoire de l’art, et au fond, ce n’était pas trop loin de ce qu’elle espérait.
Eux, c’était Tom et Julie, et ça faisait trois ans qu’ils avaient ouvert les vannes de l’amour lorsque leur Clio s’était encâstrée dans ce mur.
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bande son : ma radioblog.
humeur du moment : « les vannes de l’amour » est © anna gavalda.
et puis aussi :
ma mère va exposer à
europ’art pour la deuxième fois, donc venez tous à genève, quoi. (en plus il y a le salon du livre au même moment et au même endroit, c’est une occasion en or (nonon je ne fais pas de la pub.))